J'ai horreur de ça. Ca ne m'intéresse pas. Ca ne me plait pas. Du tout. J'ai l'impression d'être de retour en Seconde, là où rien ne me plaisait, là où j'étais démoralisée, là où je bossais énormément pour pas grand-chose. Parce que, quand on n'aime pas une matière, on a beau se forcer, y passer des heures, ça ne rentre pas. Jamais. Cette année-là, mes résultats en mathématiques et en SVT n'avaient fait que chuter. Intérieurement, et ce dès le deuxième semestre, je disais adieu sans regret à la Première S et aux études de médecine, calculant avec bonheur le nombre d'heures d'anglais qui m'attendaient l'année suivante. En fait, je n'ai jamais eu de problème de motivation en anglais. Et ce, depuis le CM2 , où ce cours, tout nouveau pour moi alors, était en fait moins un cours qu'une distraction, plus divertissant que n'importe quoi au monde. Depuis, j'ai toujours travaillé cette langue avec plaisir et mes résultats me l'ont toujours bien rendu. La première et la terminale sont pour moi les deux années les plus intéressantes, les plus plaisantes, et les plus constructives de toute ma scolarité, et même de ma vie. La littérature et l'anglais, beaucoup d'anglais, avec euro & anglais renforcé en supplément, de même que les révisions pour les tests de Cambridge... J'aimais ça. J'aimais vraiment ça. Et puis... je me retrouve ici. Biologie, mathématiques, psychologie... sans parler des cours de préparation au concours, qui me découragent et m'assomment plus qu'autre chose. L'option littérature sauve un peu la mise, même si, honnêtement, je n'ai pas le temps de lire toutes les œuvres au programme. C'est humainement impossible, vraiment, même en y mettant toute la bonne volonté du monde, et Dieu sait si j'en ai à l'égard de cette matière qui m'a redonné un semblant de confiance en moi deux ans plus tôt. Non, je n'ai pas le temps, et ça me désole. Quant à mes deux maigres heures d'anglais du vendredi, elles me dépriment plus qu'autre chose, me confortant dans l'idée d'avoir raté mon orientation. Deux heures, la plupart du temps abrégées au bout d'une trente on ne sait trop pourquoi, mon Dieu que c'est court, pour l'unique matière qui me plait ! Et quelle frustration d'avoir l'impression de régresser dans ce domaine, tant le niveau de la classe est bas... Pour en revenir au concours, non, je ne suis plus motivée. Si l'on considère que je l'ai réellement été un jour. Je crois que, finalement, je me suis menti à moi-même, le jour où, après des mois d'hésitation, je me suis tournée vers l'orthophonie. Pourquoi ? Eh bien, pour la sécurité de l'emploi, et parce que quelque part je parvenais dans ce choix à concilier deux choses : mon aspect profondément littéraire, et l'aspect médical de la profession, qui ranimait en moi les cendres d'un vieux rêve de gosse évaporé en seconde. Et puis, aussi, parce qu'il apparaissait à ce moment-là qu'à part prof d'anglais, LLCE ne me menait à rien. Conneries. Conseillers de merde. Et quand bien même, soit, j'aurais été professeur ! Et alors ? Mais j'aurais continué l'anglais. J'aurais aimé mes études, je ne les aurais pas subies. On rate forcément son orientation quand on pense métier avant de penser études. Je sais très bien que si je réussis le concours, je me retrouverais à faire, encore et toujours, des maths, de l'anatomie, de la physique... et ce n'est pas ce que je veux. Vraiment pas. Et puis honnêtement, je ne pense pas être faite pour ça. Je suis profondément asociale. J'ai peur des gens. Je suis timide comme ce n'est pas permis. Je n'ai aucune confiance en moi. Pouvez-vous me dire comment quelqu'un qui n'a pas confiance en soi peut aider qui que ce soi à prendre, justement, confiance en lui ? Le paramédical n'est pas fait pour moi. Quand je vois mes camarades de prépa, qui s'investissent à fond, qui passent leur temps libre dans des associations caritatives, à faire du baby-sitting, à s'occuper d'enfants autistes, à faire du soutien scolaires aux primaires... je me dis qu'elles, elles sont faites pour ça. Elles aiment les relations humaines, le contact des enfants, leur enseigner des choses, les aider. Je ne suis pas comme ça. Il n'est pas dans ma nature d'être protectrice ou maternante. Je suis moi-même encore une grande enfant qui peine à se débrouiller seule. Qui peine à vivre loin de ses amis, de sa famille. Qui se laisse un peu trop souvent emporter par sa sensibilité. Non, je ne suis pas faite pour ce métier. Pas faite pour ces études où la compétition est rude, où les places sont chères, alors que je hais la compétition, alors que j'aime la tranquillité plus que tout au monde. Je pourrais donc, là, maintenant, tout lâcher. Décider de faire LLCE en septembre et oublier que j'ai perdu un an de ma vie. Seulement je ne le ferai sans doute pas, par respect pour mes parents, pour qui l'année en cours coûte une fortune. Et parce que j'aurais l'impression d'avoir pris la place de quelqu'un, quelqu'un qui aurait été bien plus motivé que moi : avoir été sélectionnée parmi plus de 800 personnes pour abandonner comme ça, tout ça pour ne pas avoir assez réfléchi à mon choix... c'est idiot. Je passerai donc sûrement le concours. Mais là encore, ce n'est pas honnête. Pourquoi le passer alors que finalement, je n'ai plus réellement envie de l'obtenir ? Juste pour justifier mon année ? Pour ne pas regretter de ne pas avoir tenté malgré tout ? Pour ne pas décevoir mes parents ? Je n'en sais rien. Je sais juste qu'il y a de grandes chances pour que si, par un très grand hasard je l'obtiens, les quatre années d'études qu'il me réserve seront loin de me passionner.